Il vous arrive de regarder votre relevé de compte en fin de mois en vous demandant : « Mais où passe tout cet argent ? » À la retraite, cette question revient souvent. Les revenus baissent, les prix augmentent… et pourtant, vous n’avez aucune envie de vivre dans la privation ni de renoncer à vos loisirs.
La bonne nouvelle, c’est qu’optimiser ses dépenses ne veut pas dire se serrer la ceinture en permanence. Il s’agit plutôt de reprendre la main : comprendre où part votre argent, faire les bons choix, et préserver ce qui compte vraiment pour vous.
Dans cet article, je vous propose une méthode simple, étape par étape, pour ajuster votre budget de retraité tout en gardant du plaisir et des projets.
Comprendre son pouvoir d’achat à la retraite : par où commencer ?
Avant de parler d’économies, il est utile de savoir exactement avec quoi vous jouez. Beaucoup de retraités connaissent le montant de leur pension… mais pas vraiment leur pouvoir d’achat réel.
Votre pouvoir d’achat, c’est tout simplement : ce que vous pouvez réellement acheter avec vos revenus, une fois vos charges payées.
Pour y voir clair, prenez une feuille (ou un cahier dédié à votre budget) et listez :
- Tous vos revenus fixes : pensions de retraite (de base et complémentaires), éventuelles pensions de réversion, loyers perçus, petites rentes, allocations (ASPA, APL, etc.).
- Vos revenus variables : petits boulots occasionnels, ventes (brocantes, objets sur Internet), dividendes éventuels, etc.
Notez les montants nets, chaque mois. Si certains revenus sont trimestriels ou annuels, vous pouvez les diviser par 3 ou 12 pour avoir un équivalent mensuel.
À retenir : l’objectif n’est pas d’être « parfait » dès le début, mais d’avoir une vision globale. Même si les montants sont approximatifs, c’est déjà un bon point de départ.
Faire le tri dans ses dépenses : distinguer l’essentiel du reste
Quand j’accompagnais des seniors en difficulté budgétaire, je retrouvais souvent la même phrase : « Je ne dépense pas tant que ça… je ne comprends pas. » Et pourtant, en détaillant poste par poste, on trouvait rapidement des pistes.
Je vous propose un exercice simple, à faire au calme, avec vos relevés des 2 ou 3 derniers mois.
Étape 1 : repérer vos dépenses fixes
Ce sont celles qui reviennent chaque mois, quasi automatiquement :
- Loyer ou charges de copropriété
- Électricité, gaz, eau, téléphone, Internet
- Assurances (habitation, auto, santé, protection juridique…)
- Impôts (ou mensualités d’impôt)
- Transports (abonnements, carburant régulier)
- Mutuelle et éventuels crédits en cours
Notez le montant pour chaque ligne. Ce sont vos « incontournables »… mais certains peuvent parfois être allégés.
Étape 2 : recenser vos dépenses variables
Ce sont celles qui varient d’un mois à l’autre :
- Courses alimentaires
- Petits achats du quotidien (pharmacie, tabac, journaux…)
- Loisirs (restaurants, sorties, clubs, abonnements culturels, voyages)
- Cadeaux pour les enfants, petits-enfants
- Achat de vêtements, équipements, petits objets pour la maison
Notez un montant moyen pour chacune de ces catégories. Même à la louche, cela permet de visualiser où se concentre la plus grosse part de vos dépenses.
Étape 3 : repérer les « fuites invisibles »
Quand on regarde de près, certains prélèvements ou achats passent sous le radar :
- Abonnements que vous n’utilisez plus (revues, applications, services en ligne)
- Commissions bancaires (découverts répétés, cartes inutiles, options payantes)
- Petites dépenses fréquentes (grattage, jeux, cigarettes, achats impulsifs)
En résumé : votre pouvoir d’achat ne se joue pas seulement sur les « gros » postes (logement, énergie), mais aussi sur une somme de petites dépenses automatiques qu’on ne questionne plus.
Réduire ses charges sans se priver : les bons leviers
L’idée n’est pas de tout couper, mais de payer juste pour ce dont vous avez réellement besoin. Dans mon expérience, beaucoup de seniors pourraient économiser 50 à 150 € par mois, uniquement en ajustant quelques contrats.
1. Logement : adapter plutôt que subir
Le logement est souvent le premier poste de dépense.
- Si vous êtes locataire : renseignez-vous sur vos droits aux aides au logement (APL, ALS). Une simulation en ligne sur le site de la CAF peut réserver de bonnes surprises, surtout si vos revenus ont baissé à la retraite.
- Si votre logement est devenu trop grand : beaucoup de couples ou de personnes seules vivent encore dans un grand appartement ou une maison familiale. Se poser la question d’un logement plus petit, mieux isolé, plus proche des commerces, peut à la fois réduire vos charges et faciliter votre quotidien.
- Colocation ou résidence services : certains seniors choisissent de partager un logement ou d’emménager en résidence avec services. Le loyer peut sembler plus élevé, mais les charges (chauffage, sécurité, activités) sont parfois incluses. Le calcul global mérite d’être fait.
2. Énergie et abonnements : comparer et renégocier
Changer de fournisseur d’électricité ou de forfait mobile n’est jamais « agréable », mais cela peut faire une vraie différence.
- Utilisez un comparateur en ligne (officiel si possible) pour l’électricité, le gaz, l’Internet.
- Appelez votre opérateur de téléphone et d’Internet une fois par an : annoncez que vous trouvez moins cher ailleurs et demandez une offre révisée. Très souvent, une réduction est possible.
- Vérifiez vos options payantes : avez-vous vraiment besoin de plusieurs lignes téléphoniques, d’un gros forfait Internet, de chaînes TV supplémentaires ?
3. Mutuelle et santé : payer pour ce qui vous est utile
À partir d’un certain âge, la mutuelle devient un poste important. Mais tous les contrats ne sont pas adaptés aux besoins des seniors.
- Listez vos dépenses de santé récentes : lunettes, dents, consultations spécialistes, soins courants.
- Demandez à votre mutuelle un rendez-vous pour vérifier si vos garanties correspondent à vos besoins réels (par exemple, moins de maternité, plus d’optique ou dentaire).
- N’hésitez pas à faire jouer la concurrence. Faites établir 2 ou 3 devis auprès d’autres complémentaires santé, en vous concentrant sur ce qui vous concerne vraiment.
4. Assurances et banque : chasser les doublons
Avec le temps, on cumule parfois plusieurs assurances… qui couvrent la même chose.
- Vérifiez si vous n’êtes pas assuré deux fois pour la même chose (exemple : assurance moyens de paiement via la banque + via une carte premium).
- Regroupez vos contrats (habitation, auto, responsabilité civile) chez un même assureur pour négocier un tarif global.
- Interrogez votre conseiller bancaire sur vos frais : certaines cartes ou options peuvent être remplacées par des solutions moins chères.
À retenir : optimiser ses charges, ce n’est pas « chipoter pour quelques euros ». Sur une année, 20 € économisés par mois représentent déjà 240 €. Et souvent, les marges sont bien plus élevées.
Préserver ses loisirs : le budget « plaisir » non négociable
Une erreur fréquente, lorsque le budget devient serré, est de couper d’abord dans ce qui fait du bien : sorties, clubs, petits voyages, cadeaux. Or, ce sont justement ces dépenses qui nourrissent votre moral, votre vie sociale, votre santé mentale.
Au lieu de les éliminer, je vous propose de les organiser.
1. Décider d’un montant « loisir » mensuel
Après avoir listé vos charges fixes et variables, posez-vous cette question : « Combien puis-je raisonnablement consacrer à mes loisirs chaque mois, sans mettre en danger le reste ? »
Ce montant peut être modeste (30, 50, 80 €…), peu importe. L’essentiel est :
- Qu’il soit défini à l’avance
- Qu’il soit respecté sans culpabilité
Vous pouvez même ouvrir un petit « compte loisir » (ou une enveloppe en liquide) pour mieux le visualiser.
2. Profiter des réductions seniors
Beaucoup de structures proposent des tarifs réduits, parfois peu visibles :
- Transports en commun, trains (cartes de réduction seniors)
- Cinémas, théâtres, musées, médiathèques
- Clubs de sport adaptés, piscines municipales
- Associations culturelles ou de loisirs pour retraités
Ne soyez pas gêné de demander : « Avez-vous un tarif senior ? » La réponse est souvent oui.
3. Miser sur les activités gratuites ou à très faible coût
Les loisirs ne sont pas forcément synonymes de dépenses importantes :
- Balades organisées par la mairie ou des associations
- Clubs de lecture, ateliers mémoire, ateliers créatifs
- Événements gratuits : conférences, expositions, concerts municipaux
- Échanges de services entre voisins (cours de cuisine contre aide informatique, par exemple)
Renseignez-vous auprès de votre mairie, du centre communal d’action sociale (CCAS) ou des associations de quartier : leurs programmes sont souvent très riches.
4. Anticiper les « gros plaisirs »
Un voyage, une croisière, une semaine de vacances avec les petits-enfants : cela se prépare. Au lieu de piocher dans vos économies au dernier moment, vous pouvez :
- Mettre de côté une petite somme chaque mois
- Profiter des réservations très anticipées ou des séjours hors saison
- Comparer les formules tout compris, parfois plus économiques que les dépenses au jour le jour
En résumé : votre budget loisir est un investissement dans votre bien-être, pas un « luxe » optionnel. L’important, c’est qu’il soit ajusté à vos moyens et assumé.
Augmenter légèrement ses revenus : un complément parfois bienvenu
Parfois, malgré tous les ajustements, le budget reste juste. Dans ces cas-là, il peut être utile de réfléchir à des compléments de revenus, même modestes.
1. Le cumul emploi-retraite
Il est possible de cumuler une pension de retraite avec un revenu d’activité, sous certaines conditions. Quelques exemples vus sur le terrain :
- Une ancienne secrétaire qui fait de la saisie ou de l’aide administrative quelques heures par semaine
- Un ancien professeur qui donne des cours particuliers à domicile
- Un retraité bricoleur qui propose de petits services (montage de meubles, menus travaux) via des plateformes de voisinage
Avant de vous lancer, renseignez-vous auprès de votre caisse de retraite sur les règles du cumul emploi-retraite qui s’appliquent à votre situation.
2. Valoriser ce que vous possédez déjà
- Location d’une place de parking inutilisée
- Location occasionnelle d’une chambre (version encadrée et sécurisée, par exemple via des dispositifs d’habitat intergénérationnel)
- Vente d’objets que vous n’utilisez plus (brocantes, sites spécialisés)
L’idée n’est pas de « tout vendre », mais de transformer en liquidités ce qui dort dans un grenier ou un garage depuis 10 ans.
3. Vérifier vos droits aux aides
Je l’ai vu de nombreuses fois : des retraités vivent avec très peu, sans savoir qu’ils ont droit à des aides.
- ASPA (allocation de solidarité aux personnes âgées)
- APL ou autres aides au logement
- Aides départementales pour les dépenses de santé, la téléassistance, les transports
- Réductions sociales sur les factures d’énergie ou Internet
Un rendez-vous avec un travailleur social (CCAS, service social de votre caisse de retraite) peut vous aider à faire le point sur vos droits. N’hésitez pas, c’est leur métier.
Passer à l’action : un plan simple en 5 étapes
Pour finir, je vous propose un petit plan d’action. Vous pouvez le suivre sur un mois, étape par étape.
- Étape 1 : Faire l’état des lieux
Sortez vos relevés, listez vos revenus et vos dépenses fixes. Repérez les prélèvements que vous ne comprenez pas ou qui vous semblent élevés. - Étape 2 : Traquer les petites fuites
Notez tous les abonnements et options payants. Décidez lesquels vous pouvez supprimer immédiatement (ceux que vous n’utilisez plus ou presque). - Étape 3 : Contacter 3 à 5 prestataires
Par exemple : opérateur téléphonique, fournisseur d’énergie, banque, mutuelle, assurance. Préparez une phrase simple : « Je souhaite faire le point sur mon contrat, je trouve moins cher ailleurs, que pouvez-vous me proposer ? » - Étape 4 : Fixer votre budget « loisir »
Choisissez un montant raisonnable mais réel pour vos plaisirs. Inscrivez-le noir sur blanc. Ouvrez, si possible, une enveloppe ou un compte dédié. - Étape 5 : Prendre un rendez-vous « droits et aides »
Contactez votre CCAS, votre caisse de retraite ou une association d’aide aux seniors pour vérifier que vous bénéficiez bien de toutes les aides possibles.
En résumé : optimiser son pouvoir d’achat à la retraite, ce n’est ni se priver, ni renoncer à ses envies. C’est :
- Mieux connaître ses revenus et ses dépenses
- Réduire ce qui est trop cher ou inutile
- Préserver, voire protéger, son budget plaisir
- Ne pas hésiter à demander conseil et à faire valoir ses droits
Vous n’êtes pas obligé de tout changer du jour au lendemain. Chaque petite amélioration compte. L’important, c’est de reprendre peu à peu la main sur votre budget, pour que votre retraite reste une période de vie où l’on peut encore choisir, décider… et profiter.
Andrea














