Il vous arrive d’entrer dans une pièce sans savoir pourquoi ? D’oublier un prénom « sur le bout de la langue » ? Vous n’êtes pas le seul, et cela ne veut pas dire que « tout fout le camp ». La mémoire, ça s’entretient, un peu comme un muscle. Et la bonne nouvelle, c’est qu’on peut la stimuler au quotidien avec des activités simples, souvent agréables, à faire seul ou en famille.
Dans cet article, je vous propose des idées concrètes, faciles à mettre en place, sans matériel compliqué ni abonnement coûteux. L’objectif : garder un esprit vif, prendre plaisir à apprendre, et partager des moments avec vos proches.
Comprendre sa mémoire pour mieux la stimuler
Avant de parler d’exercices, il est utile de savoir de quoi on parle. La mémoire n’est pas une seule « boîte ». Il en existe plusieurs types :
- La mémoire immédiate : retenir un numéro quelques secondes, suivre une consigne simple.
- La mémoire à court terme : garder en tête une information quelques minutes ou quelques heures (une liste de courses, un rendez-vous dans la journée).
- La mémoire à long terme : les souvenirs de votre vie, les visages, les savoir-faire (faire un gâteau, conduire, tricoter).
Avec l’âge, certaines fonctions ralentissent, notamment l’attention et la vitesse de traitement des informations. C’est normal. En revanche, la mémoire à long terme (vos connaissances, vos expériences) reste souvent très solide.
À retenir : oublier un détail ponctuel n’est pas forcément inquiétant. Ce qui doit alerter, c’est quand les oublis se répètent, impactent la vie de tous les jours (payer ses factures, se repérer, reconnaître les proches) ou s’accompagnent d’autres difficultés (trouver ses mots, s’orienter, s’habiller).
Entre les deux extrêmes – la mémoire parfaite et la maladie – il y a une grande zone où l’on peut agir. C’est là que les activités de stimulation prennent leur place.
Les bons réflexes du quotidien qui boostent la mémoire
Entretenir sa mémoire ne passe pas uniquement par des jeux « pour le cerveau ». Votre mode de vie compte aussi beaucoup.
- Bouger chaque jour : la marche, le jardinage, quelques exercices doux améliorent la circulation sanguine et donc l’oxygénation du cerveau.
- Bien dormir : pendant le sommeil, le cerveau trie et consolide les souvenirs. Des nuits trop courtes ou trop hachées nuisent à la mémoire.
- Manger équilibré : fruits, légumes, poissons gras, huile d’olive, noix… Le fameux régime méditerranéen est souvent cité pour ses effets protecteurs sur le cerveau.
- Voir du monde : discuter, argumenter, écouter l’autre, raconter ses souvenirs, tout cela fait travailler la mémoire sans même y penser.
Ces bases installées, vous pouvez ajouter des activités ludiques ciblées pour muscler plus directement votre mémoire.
Des activités simples pour entretenir sa mémoire… même si l’on vit seul
Vous vivez seul et vous avez peur de « tourner en rond » ? Il existe une foule de petits exercices à intégrer dans votre journée, sans que cela devienne une contrainte.
Utiliser les gestes du quotidien comme entraînement
Vous n’avez pas besoin de cahiers d’exercices spécialisés pour stimuler votre mémoire. Par exemple :
- La liste de courses de tête : notez votre liste sur papier comme d’habitude, mais avant de partir, lisez-la deux fois puis essayez de la réciter de mémoire. Au magasin, sortez la liste uniquement à la fin, pour vérifier.
- Changer de parcours : au lieu de toujours faire le même chemin pour aller chez le boulanger, variez. Cherchez volontairement un nouveau trajet. Cela stimule votre orientation et votre mémoire spatiale.
- Décrire sa journée : le soir, prenez 5 minutes pour vous remémorer votre journée dans l’ordre : « Ce matin, j’ai… ensuite… puis… ». Vous pouvez le faire mentalement ou à l’écrit.
Astuce : si certaines choses vous inquiètent (peur d’oublier de fermer le gaz, par exemple), conservez vos habitudes de sécurité (listes, alarmes, post-it), mais utilisez le reste de la journée pour stimuler votre mémoire dans des situations sans danger.
Jeux de lettres et de chiffres : efficaces et accessibles
Pas besoin d’être « fort en maths » ou champion de mots croisés pour profiter de ces jeux. L’essentiel est de se creuser un peu la tête tout en y prenant plaisir.
- Mots croisés, mots fléchés, sudoku : classiques, mais redoutablement efficaces pour la concentration, le vocabulaire ou la logique.
- Jeu du « mot en plus » : choisissez une catégorie (fruits, prénoms, villes). Dites à voix haute un premier mot (par exemple « pomme »), puis ajoutez-en un deuxième en répétant le premier (« pomme, poire »), puis un troisième (« pomme, poire, banane »), etc. Voyez jusqu’où vous allez.
- Mémoriser un poème ou une chanson : commencez par quelques vers seulement. Répétez-les chaque jour pendant une semaine.
Si vous aimez les supports papier, vous pouvez investir dans un magazine de jeux par mois. Si vous êtes à l’aise avec le numérique, il existe de nombreuses applications gratuites.
Lire, écrire, raconter : la mémoire en action
Beaucoup de seniors me disent : « Je ne lis plus, je perds le fil ». C’est fréquent… mais on peut repartir doucement.
- Lire en petites portions : un article de journal, une nouvelle, un chapitre court. Puis, après la lecture, résumez à haute voix ce que vous avez compris.
- Tenir un carnet de bord : notez chaque jour 3 choses que vous avez faites ou ressenties. C’est un excellent exercice de mémoire autobiographique.
- Écrire ses souvenirs : votre premier travail, votre service militaire, l’arrivée d’un enfant… Pas besoin d’être « bon en rédaction ». Ce qui compte, c’est de faire remonter les détails : les lieux, les odeurs, les personnes, les émotions.
À retenir : lorsqu’on raconte un souvenir, on fait travailler plusieurs mémoires à la fois : les faits, les images, les émotions, parfois même les sons ou les odeurs. C’est un exercice très complet.
Entretenir sa mémoire en famille : des moments utiles et joyeux
Vous avez des enfants, petits-enfants, neveux, voisins ? La mémoire peut devenir un prétexte pour partager des moments de qualité, sans que cela ressemble à un « devoir de vacances ».
Jeux de société et cartes : la stimulation sans y penser
Certaines activités très simples plaisent autant aux adultes qu’aux enfants :
- Jeux de cartes classiques : belote, rami, uno, bataille… Ils sollicitent l’attention, la mémoire des règles, parfois même le calcul mental.
- Jeu du Memory : on retourne des cartes deux par deux pour faire des paires. Excellent pour la mémoire visuelle. Vous pouvez en acheter ou en fabriquer avec des images découpées.
- Jeux de plateau : scrabble, petits chevaux, jeu de l’oie, trivial pursuit adapté aux familles. Idéal pour faire travailler le langage, la stratégie, la culture générale.
Si vous vous sentez un peu « rouillé » sur les règles, dites-le simplement : « On va revoir ensemble, tu me montres ? ». Laisser un enfant ou un ado expliquer les règles, c’est aussi valorisant pour lui.
Cuisiner ensemble : un excellent exercice de mémoire
La cuisine est un terrain de jeu fantastique pour la mémoire :
- Se souvenir d’une recette de famille : expliquez les étapes à votre petit-enfant, sans regarder la recette, puis vérifiez ensemble dans un livre ou sur internet ce que vous avez oublié ou modifié.
- Donner des consignes : « Pendant que je prépare la sauce, tu épluches 4 carottes et tu mets le four à 180 degrés. » Cela travaille la mémoire de travail de chacun.
- Parler des souvenirs liés aux plats : « Ce gâteau, c’est celui qu’on faisait à Noël quand j’étais petite… ». Vous stimulez votre mémoire et transmettez votre histoire familiale.
Et au passage, vous entretenez aussi votre motricité fine, votre équilibre, votre organisation… tout bénéfique pour l’autonomie.
Les souvenirs comme point de rencontre entre générations
Vous avez peut-être l’impression que vos souvenirs d’enfance n’intéressent pas les jeunes ? En réalité, ils sont souvent curieux de « comment c’était avant ».
- Sortir un vieux album photo : demandez à un proche de feuilleter avec vous. Essayez de vous rappeler le prénom des personnes, l’année, le lieu. S’il vous manque des informations, inventez ensemble des hypothèses, cela fait aussi travailler l’imagination.
- Créer une « boîte à mémoire » : rassemblez quelques objets significatifs (billet de spectacle, médaille, vieille carte postale) et racontez l’histoire qui va avec.
- Enregistrer vos récits : avec un téléphone, un proche peut enregistrer vos anecdotes. Vous les réécouterez plus tard. Cela valorise vos souvenirs et donne du sens à cet exercice.
À retenir : les moments de partage sont souvent plus motivants et plus réguliers que les exercices faits seul. On vient pour le plaisir… et la mémoire suit.
Un petit programme « mémoire » sur une semaine
Pour vous aider à vous lancer, voici un exemple d’organisation simple. À adapter selon vos envies.
- Lundi : 10 minutes de mots fléchés + le soir, se remémorer sa journée dans l’ordre.
- Mardi : marche de 20 à 30 minutes en changeant légèrement votre parcours habituel + apprendre 2 vers d’un poème ou d’une chanson.
- Mercredi : un jeu de cartes ou de société avec un proche (ou en club) + écriture dans un carnet : 3 événements marquants de la journée.
- Jeudi : liste de courses apprise de mémoire avant d’aller au magasin + en rentrant, vérifier ce que vous avez oublié.
- Vendredi : tri d’un tiroir ou d’une boîte de photos en parlant des souvenirs associés + mémoriser 3 nouveaux prénoms ou visages d’acteurs, chanteurs, sportifs (en regardant un programme télé, par exemple).
- Samedi : cuisine avec un proche ou pour vous-même en suivant une recette sans la regarder en continu (la lire une fois, puis essayer de la refaire de mémoire par étapes).
- Dimanche : temps calme de lecture (journal, roman, article) + résumé oral à quelqu’un ou à vous-même à haute voix.
Inutile de tout faire parfaitement. L’important, c’est la régularité : mieux vaut 10 minutes par jour qu’une heure une fois de temps en temps.
Comment savoir si les exercices sont adaptés à vous ?
La bonne activité est celle qui vous demande un petit effort, mais reste agréable. Quelques repères :
- Si vous trouvez l’exercice trop facile, augmentez légèrement la difficulté (plus de mots à retenir, un niveau de jeu supérieur).
- Si vous vous sentez submergé, découragé ou stressé, simplifiez (moins d’éléments à retenir, partie plus courte, règles plus simples).
- Si vous repoussez toujours l’activité, c’est qu’elle n’est pas assez plaisante. Cherchez autre chose : chant, bricolage, jardinage, ateliers en groupe… tout ce qui stimule l’attention, la planification, la mémoire est bon à prendre.
À retenir : l’objectif n’est pas de devenir « meilleur que les autres », mais de rester acteur de votre vie, de garder confiance en vos capacités et de continuer à apprendre.
Quand demander l’avis d’un professionnel ?
Entretenir sa mémoire au quotidien est utile, mais cela ne remplace pas un avis médical en cas de doute. Il est important de parler à votre médecin traitant si vous remarquez :
- Des oublis fréquents qui vous gênent dans la vie quotidienne (rendez-vous oubliés, factures non payées, difficulté à suivre une recette simple).
- Des changements de comportement : repli sur soi, anxiété inhabituelle, irritabilité, difficultés à trouver vos mots.
- Des problèmes pour vous orienter dans des lieux connus, ou pour vous repérer dans le temps (date, saison, moments de la journée).
- Des proches qui vous disent : « Tu n’es plus comme avant, on s’inquiète pour toi ».
Le médecin peut proposer un bilan mémoire, parfois avec un gériatre ou un neuropsychologue, pour faire la part des choses entre vieillissement normal, anxiété, dépression, effets secondaires de médicaments ou début de maladie neurodégénérative.
Dans tous les cas, plus on en parle tôt, plus on a de chances de mettre en place des stratégies adaptées : aides, aménagements du quotidien, ateliers mémoire en groupe, soutien aux aidants, etc.
Faire de la mémoire un allié, pas une source d’angoisse
On parle souvent de la mémoire uniquement quand elle pose problème. Pourtant, elle est aussi un formidable trésor : elle contient votre histoire, vos savoir-faire, vos rencontres, vos passions.
Entretenir sa mémoire, ce n’est pas essayer de rester comme à 20 ans. C’est accepter que les choses évoluent, tout en gardant la main sur ce qui dépend de vous :
- Rester curieux.
- Continuer à apprendre, même un peu.
- Partager ce que vous savez avec les autres.
- Utiliser des petits exercices simples, intégrés à votre quotidien.
Vous pouvez commencer dès aujourd’hui par une petite action : appeler quelqu’un pour lui raconter un souvenir, ressortir un jeu de cartes, écrire trois lignes dans un carnet, apprendre un nouveau mot… L’important, c’est de vous mettre en mouvement, à votre rythme.
Et si vous le souhaitez, parlez-en autour de vous : proposer une soirée jeux, une après-midi cuisine ou un tri d’album photo est une façon très concrète de prendre soin de votre mémoire… et de vos liens avec les autres.
Andrea














