Il vous arrive de vous rattraper in extremis à un meuble pour éviter de tomber ? Vous marchez plus prudemment qu’avant chez vous, surtout la nuit ? Vous n’êtes pas seul. Les chutes à domicile sont l’un des principaux motifs d’hospitalisation chez les seniors… alors qu’une grande partie pourrait être évitée avec quelques aménagements simples.
Dans cet article, je vous propose un tour de la maison, pièce par pièce, pour repérer les risques et voir ensemble comment les réduire. L’idée n’est pas de transformer votre intérieur en hôpital, mais de le rendre plus sûr… sans perdre en confort ni en autonomie.
Pourquoi les chutes surviennent-elles le plus souvent à la maison ?
On imagine souvent la chute comme un « accident bête ». En réalité, c’est souvent la rencontre de plusieurs facteurs :
- L’âge : avec le temps, l’équilibre, la vue et la force musculaire diminuent.
- Les médicaments : certains traitements donnent des vertiges, de la somnolence ou une baisse de la tension.
- L’environnement : tapis qui glissent, fils électriques, éclairage insuffisant, marches non signalées…
- Les habitudes : se lever trop vite, porter trop de choses à la fois, monter sur une chaise pour attraper un objet.
En tant qu’ancienne travailleuse sociale, j’ai souvent vu la même phrase revenir après une chute : « Je faisais ça depuis toujours… et pourtant cette fois, je suis tombé(e). » Le but n’est pas de tout changer, mais d’ajuster ce qui peut l’être pour ne pas laisser « la fois de trop » arriver.
À retenir : on ne peut pas supprimer tous les risques, mais on peut nettement les réduire. Chaque petit changement compte.
Les grands principes pour limiter les chutes chez soi
Avant de passer pièce par pièce, voici quelques grands axes à garder en tête :
- Voir clair : un bon éclairage réduit déjà beaucoup de risques.
- Éviter le désordre : moins d’obstacles au sol = moins de risques de trébucher.
- Rendre les gestes du quotidien plus simples : tout ce dont vous avez besoin souvent doit être à portée de main.
- Stabiliser : tapis, meubles, chaises, escabeaux… tout ce qui bouge facilement est à surveiller.
- Adapter votre corps à votre maison : renforcer les muscles, vérifier la vue, revoir les médicaments avec votre médecin.
Vous pouvez d’ailleurs vous poser cette question simple : « Si je me déplaçais avec une légère fatigue ou un peu de vertige, où est-ce que je risquerais de tomber chez moi ? » La réponse vous donnera vos priorités.
La pièce de vie : salon et salle à manger sans pièges
C’est souvent la pièce où vous passez le plus de temps. C’est aussi là que les obstacles s’accumulent.
Les risques fréquents que j’observe sur le terrain :
- tapis qui gondolent ou glissent,
- fils électriques qui traversent la pièce,
- meubles bas (table basse, tabouret) placés sur le passage,
- fauteuil ou canapé trop bas, difficile à quitter,
- objets laissés au sol : journaux, revues, sacs, coussins…
Ce que vous pouvez faire rapidement :
- Sécuriser ou enlever les tapis : utiliser des sous-tapis antidérapants ou les fixer avec du ruban adhésif double face. Si un tapis reste dangereux, mieux vaut le retirer.
- Dégager les fils : coller les câbles le long des murs, utiliser des passe-câbles, éviter les rallonges qui coupent la pièce en deux.
- Repenser le passage : assurer un chemin large et dégagé entre les meubles, surtout entre le fauteuil, les portes et les toilettes.
- Adapter le fauteuil : rehausser un fauteuil trop bas avec des cales adaptées ou choisir un fauteuil avec assise plus haute et accoudoirs pour se relever plus facilement.
- Prévoir un téléphone à portée de main : sur une table stable, près du fauteuil, pour éviter de se précipiter quand il sonne.
Astuce : faites le test en vous levant de votre fauteuil comme si vous aviez un peu mal aux genoux. Si vous devez vous « jeter en avant » pour vous lever, l’assise est probablement trop basse.
La chambre : se lever et se coucher en toute sécurité
Beaucoup de chutes surviennent la nuit ou au lever. Le corps est encore « au ralenti », la tension peut être un peu basse, la vue moins bonne dans la pénombre.
Points à vérifier :
- La hauteur du lit : idéalement, quand vous êtes assis(e) au bord, vos pieds doivent toucher le sol à plat et vos genoux doivent être à peu près à angle droit.
- L’éclairage nocturne : un chemin lumineux vers les toilettes (veilleuses, lampe à détection de mouvement) évite de marcher dans le noir.
- Le sol autour du lit : pas de pantoufles qui traînent, pas de piles de livres ou de journaux.
- Les tapis de lit : comme pour le salon, privilégier les tapis antidérapants ou fixés.
Gestes simples à mettre en place :
- Éviter de se lever d’un seul coup. Rester assis(e) quelques secondes au bord du lit, prendre une grande inspiration, puis se lever.
- Garder une petite bouteille d’eau, ses lunettes et un téléphone près du lit, sur une table stable.
- Utiliser une lampe de chevet facilement accessible, ou un interrupteur proche du lit.
- Si besoin, installer une poignée de lit ou une barre d’appui près du lit pour se relever plus facilement.
À retenir : la nuit, la fatigue + l’obscurité + la précipitation (envie pressante par exemple) sont un cocktail à risque. Tout ce qui permet de prendre son temps et de voir clair aide.
La salle de bains : la pièce la plus risquée de la maison
Sol mouillé, savon, gestes à réaliser en équilibre… La salle de bains cumule les facteurs de risque. C’est souvent là que j’ai vu les chutes les plus graves dans ma pratique.
Aménagements prioritaires :
- Installer des barres d’appui : une près des toilettes, une dans la douche ou au-dessus de la baignoire. Attention à ce qu’elles soient bien vissées dans le mur (pas de ventouses seules pour se hisser, elles peuvent lâcher).
- Tapis antidérapants : au fond de la douche/baignoire et à la sortie, pour ne pas glisser en sortant mouillé(e).
- Si vous avez une baignoire : réfléchir à une planche de bain, un siège tournant ou, si possible, à la transformation en douche avec un bac extra-plat.
- Un siège dans la douche : très utile pour se laver sans être en équilibre sur une jambe. Il existe des tabourets réglables en hauteur, stables et adaptés à l’eau.
- Éviter de se pencher trop loin : disposer shampoing, savon, gant de toilette à portée de main sans avoir à se tordre ou à se baisser.
Autres points de vigilance :
- Bien essuyer le sol après la douche ou le bain.
- Privilégier des serviettes à portée de main pour ne pas devoir marcher mouillé(e).
- Vérifier la température de l’eau avant de rentrer, pour éviter les mouvements brusques dus à une eau trop chaude ou trop froide.
Astuce : si vous hésitez à installer des barres d’appui par peur de « faire malade », dites-vous qu’elles sont là pour maintenir votre autonomie plus longtemps. Ce sont des outils de liberté, pas des signes de faiblesse.
La cuisine : attention aux gestes répétitifs et aux escabeaux
En cuisine, les chutes surviennent souvent en voulant attraper un objet en hauteur, en se dépêchant ou en glissant sur un sol humide.
Risques à surveiller :
- Marcher sur un sol mouillé après avoir renversé de l’eau.
- Monter sur une chaise pour atteindre un placard haut.
- Porter des casseroles lourdes, pleines d’eau bouillante.
- Se baisser souvent pour accéder à des placards bas.
Idées d’aménagements :
- Placer les objets du quotidien (assiettes, verres, casseroles les plus utilisées) entre la hauteur des hanches et des épaules.
- Limiter au maximum ce qui est rangé très haut ou très bas. Ce qui ne sert qu’une fois par an peut être rangé ailleurs ou confié à l’aide d’un proche au besoin.
- Si vous utilisez un escabeau, choisissez-en un stable, avec rambarde, et évitez autant que possible de l’utiliser seul(e).
- Essuyer immédiatement toute flaque d’eau ou de graisse au sol.
- Privilégier des ustensiles plus légers si possible (casseroles non trop lourdes, petites quantités d’eau à la fois).
En résumé : en cuisine, il vaut mieux faire deux voyages avec des charges plus légères que prendre le risque de tomber avec une casserole lourde ou brûlante à la main.
Les escaliers et couloirs : sécuriser les passages obligés
Si vous avez des escaliers, vous le savez déjà : ils demandent de la vigilance. Mais on oublie souvent les couloirs, surtout la nuit.
Pour les escaliers :
- Une rampe solide : au minimum d’un côté, idéalement des deux.
- Un bon éclairage : interrupteurs en haut et en bas, ampoules suffisamment puissantes.
- Des marches visibles : si les marches sont de la même couleur que l’environnement, vous pouvez ajouter des bandes contrastées (adhésifs antidérapants, par exemple) sur le bord des marches.
- Pas d’objets sur les marches : ni chaussures, ni paniers, ni sacs « à monter plus tard ».
Pour les couloirs :
- Dégager le passage (pas de meubles qui débordent).
- Prévoir un éclairage continu ou des veilleuses la nuit, surtout entre la chambre, les toilettes et la salle de bains.
- Vérifier que le sol n’est pas glissant (attention aux carrelages très lisses).
À retenir : on tombe souvent là où on ne fait plus vraiment attention, parce qu’on emprunte ce chemin tous les jours. D’où l’importance de sécuriser ces zones « évidentes ».
Les bons réflexes au quotidien pour limiter le risque
Au-delà de l’aménagement du logement, certains comportements peuvent vraiment faire la différence.
- Prendre son temps : éviter de se lever d’un coup, ne pas courir pour répondre au téléphone ou à la porte.
- Porter des chaussures fermées à l’intérieur : avec semelle antidérapante, plutôt que des chaussons souples ou des chaussettes seules.
- Ne pas surcharger ses bras : mieux vaut faire deux allers-retours que de ne plus voir le sol.
- Utiliser les aides techniques : canne, déambulateur, barres d’appui… ce sont des alliés, pas des ennemis.
- Rester physiquement actif : marcher un peu chaque jour, faire des exercices simples d’équilibre et de renforcement musculaire.
Un exemple concret : Mme L., 82 ans, que j’ai accompagnée, avait tendance à se lever d’un seul coup pour aller aux toilettes la nuit. Après deux épisodes de vertiges, nous avons mis en place un « rituel » : s’asseoir, respirer calmement, bouger un peu les pieds et les chevilles, puis se lever en s’appuyant sur la table de nuit. Résultat : plus de chute depuis.
Parler de vos risques de chute avec les professionnels
Prévenir les chutes, ce n’est pas seulement « faire attention ». C’est aussi en parler avec les bons interlocuteurs.
Avec votre médecin traitant :
- Lui signaler toute chute, même sans gravité. C’est une information importante.
- Demander un point sur vos médicaments : certains peuvent être ajustés (somnifères, anxiolytiques, traitements pour la tension…).
- Parler de vos vertiges, pertes d’équilibre, épisodes de malaise.
Avec un kinésithérapeute :
- Demander des exercices pour améliorer l’équilibre et renforcer les jambes.
- Apprendre les bons gestes pour se relever du sol en cas de chute.
Avec un ergothérapeute (quand c’est possible) :
- Faire évaluer votre logement pour repérer les points à risque.
- Obtenir des conseils personnalisés sur les aménagements à prévoir.
Dans certains territoires, des évaluations à domicile sont proposées dans le cadre de la prévention de la perte d’autonomie (par les caisses de retraite, les services sociaux, certaines mutuelles). N’hésitez pas à vous renseigner.
Comment prioriser les aménagements à faire chez vous ?
Tout changer d’un coup peut sembler décourageant. Mieux vaut procéder étape par étape.
1. Repérer les zones les plus à risque pour vous
- Pensez aux endroits où vous vous sentez le moins à l’aise : douche, escaliers, sortie du lit, déplacement la nuit…
- Notez les chutes ou frôlées de chute que vous avez eues récemment.
2. Commencer par ce qui est simple et peu coûteux
- Dégager les sols, fixer les tapis, mieux éclairer les couloirs, ranger les fils électriques.
- Réorganiser les placards pour avoir l’essentiel à portée de main.
3. Prévoir ensuite les aménagements plus importants
- Barres d’appui, siège de douche, rehausseur de WC, transformation de baignoire en douche si nécessaire.
- Éventuelle adaptation des escaliers (deuxième rampe, nez de marche antidérapants).
4. Chercher des aides financières si besoin
- Certaines caisses de retraite, mutuelles ou collectivités locales proposent des aides pour l’adaptation du logement.
- Les services sociaux de votre commune ou de votre département peuvent vous orienter.
En résumé : commencez par ce qui vous gêne au quotidien. Chaque amélioration, même modeste, est un pas vers plus de sécurité et de tranquillité d’esprit.
Tomber n’est jamais « normal », même en avançant en âge. En observant votre logement avec un œil neuf et en ajustant quelques habitudes, vous pouvez réellement diminuer les risques. Prenez le temps de faire ce tour de votre maison, éventuellement avec un proche. Et si vous le souhaitez, notez pièce par pièce ce que vous avez déjà sécurisé… et ce qui reste à faire. C’est un bon moyen de reprendre la main sur votre environnement, à votre rythme.
Andrea














