Vous vous demandez si manger moins de viande, voire plus du tout, pourrait vraiment protéger votre cœur après 60 ans ? Vous n’êtes pas le seul. De plus en plus de seniors m’en parlent : « Andrea, est-ce que le régime végétarien, c’est bon pour le cœur, ou c’est juste une mode ? ».
La bonne nouvelle : non, ce n’est pas une mode. De nombreuses études montrent qu’une alimentation riche en végétaux peut réduire le risque de maladies cardiovasculaires. Mais cela ne veut pas dire se nourrir uniquement de salade et de tofu sans goût… ni tout changer du jour au lendemain.
Dans cet article, on va voir ensemble :
- pourquoi le cœur devient plus fragile après 60 ans,
- ce que change concrètement un régime végétarien pour vos artères,
- comment adapter ce type d’alimentation quand on est senior, sans carences,
- par quoi commencer si l’idée vous tente (même à petites doses).
Pourquoi le cœur demande plus d’attention après 60 ans
À partir de 60 ans, même si on se sent en forme, le corps change. Le cœur et les vaisseaux sanguins sont un peu comme des tuyaux qui ont beaucoup servi : ils deviennent moins souples avec le temps.
Quelques éléments clés à connaître :
- Le cholestérol a eu le temps de s’installer : les dépôts dans les artères (plaques d’athérome) se forment sur des années.
- La tension artérielle a tendance à monter, même chez ceux qui ont toujours eu une tension « normale ».
- Les artères deviennent plus rigides : le cœur doit pomper plus fort pour faire circuler le sang.
- Le métabolisme ralentit : on brûle moins de calories, mais on garde plus facilement le surplus (surtout au niveau du ventre).
Résultat : infarctus, AVC, insuffisance cardiaque… le risque augmente. Mais ce n’est pas une fatalité. L’alimentation joue un rôle majeur, parfois autant qu’un médicament.
À retenir : après 60 ans, chaque repas peut être soit un petit coup de pouce à vos artères… soit une charge de travail supplémentaire pour votre cœur.
En quoi le régime végétarien protège le cœur ?
Par « régime végétarien », on entend une alimentation qui exclut la viande et le poisson, mais qui peut garder les œufs et les produits laitiers (on parle alors de régime « ovo-lacto-végétarien »).
Ce type d’alimentation agit sur plusieurs facteurs de risque cardiovasculaire :
- Moins de graisses saturées
Ce sont les graisses qu’on trouve surtout dans la viande rouge, la charcuterie, certains fromages. Elles augmentent le « mauvais » cholestérol (LDL). En mangeant plus de végétaux, on en réduit naturellement la consommation. - Plus de fibres
Les fibres (présentes dans les légumes, fruits, légumineuses, céréales complètes) aident à faire baisser le cholestérol sanguin. Elles agissent un peu comme une « éponge » dans l’intestin, qui piège une partie du cholestérol et l’élimine. - Plus d’antioxydants
Les antioxydants, ce sont les petites « armures » qu’on trouve dans les fruits colorés, les légumes, les oléagineux (noix, amandes). Ils protègent les parois des artères contre l’inflammation et le vieillissement. - Moins de sel caché
La charcuterie, les plats préparés avec viande, les bouillons cubes sont souvent très salés. En végétarisant son alimentation, on réduit souvent le sel sans même s’en rendre compte, ce qui aide à contrôler la tension. - Un poids plus stable
Une alimentation végétale bien construite est généralement moins calorique pour le même volume de nourriture. On se sent rassasié, avec moins de surplus qui se stockent en graisse abdominale (la plus dangereuse pour le cœur).
De grandes études ont montré que les personnes végétariennes ont en moyenne :
- moins d’infarctus,
- moins d’AVC,
- et une meilleure tension artérielle.
Attention toutefois : ce n’est pas parce qu’on ne mange pas de viande que tout est bon pour le cœur. Un régime végétarien à base de frites, pizzas au fromage et biscuits sucrés, ça reste mauvais pour les artères.
Faut-il devenir 100 % végétarien pour protéger son cœur ?
Non, et c’est là que beaucoup de personnes se trompent. Entre « viande tous les jours » et « végétarien strict », il existe une large palette.
Trois approches possibles :
- Réduire fortement la viande, sans l’arrêter complètement
Par exemple : garder la viande 2 fois par semaine maximum, privilégier la volaille, et le reste du temps manger végétarien ou poisson. C’est déjà très bénéfique. - Opter pour un régime « flexitarien »
Base végétarienne, mais on s’autorise de la viande ou du poisson à l’occasion (repas de famille, restaurant). C’est souvent le plus réaliste au départ. - Devenir végétarien à temps plein
C’est possible aussi, même après 60 ans, mais cela demande d’être un peu plus vigilant sur l’équilibre nutritionnel et les éventuelles carences.
En pratique : chaque repas sans viande, remplacée par une source végétale de protéines (lentilles, pois chiches, tofu…), est déjà un pas dans le bon sens pour votre cœur.
Les précautions spécifiques après 60 ans
À partir d’un certain âge, on ne joue pas avec l’alimentation comme à 20 ans. Un changement important doit être réfléchi, surtout si vous avez déjà des problèmes de santé.
Voici les points à surveiller de près :
- Les protéines
On a tendance à en manger moins en vieillissant, alors que le corps en a besoin pour garder ses muscles. Sans viande, il faudra compter sur :- les œufs,
- les produits laitiers (yaourt, fromage blanc, fromages peu gras),
- les légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots rouges, pois cassés),
- le tofu, le tempeh, les boissons ou yaourts végétaux enrichis en protéines.
Viser une source de protéines à chaque repas principal est une bonne règle.
- La vitamine B12
Elle est presque uniquement présente dans les produits animaux. Si vous devenez végétarien strict (sans viande ni poisson, mais avec œufs et lait), le risque de carence est moindre, mais à surveiller. En cas de régime très végétalisé, un dosage sanguin et, si besoin, une supplémentation peuvent être utiles. - Le fer
Le fer végétal est moins bien absorbé que le fer animal. Associé à de la vitamine C (un fruit, un peu de jus de citron sur les légumes), il est mieux assimilé. Si vous êtes sujet à l’anémie, parlez-en à votre médecin avant de changer votre alimentation. - Les médicaments
Certains traitements (anticoagulants, par exemple) demandent de garder une alimentation assez stable en vitamine K (présente dans les légumes verts). Un changement brutal de régime peut modifier l’équilibre. D’où l’intérêt de prévenir votre médecin.
À retenir : végétarien, oui, mais pas au hasard. Après 60 ans, on avance avec un médecin ou un diététicien dans la boucle, au moins pour valider que tout est OK au niveau sanguin.
Par quoi commencer si vous voulez végétaliser votre assiette ?
Inutile de tout chambouler du jour au lendemain. Dans l’accompagnement de seniors que j’ai suivis, ce sont les petits pas qui tiennent sur la durée.
Quelques étapes simples :
- Étape 1 : faire le point sur vos habitudes
Sur une semaine, notez rapidement ce que vous mangez. Combien de fois par semaine :- viande rouge (bœuf, agneau, porc) ?
- charcuterie ?
- volaille ?
- poisson ?
- légumineuses (lentilles, pois chiches…) ?
Cela donne une base de départ.
- Étape 2 : choisir 2 à 3 repas « test » par semaine
Par exemple : le lundi soir et le jeudi midi deviennent des repas végétariens. Vous les préparez à l’avance pour éviter le stress de dernière minute. - Étape 3 : remplacer, pas juste enlever
On ne supprime pas la viande sans la remplacer. On remplace par une source de protéines végétales :- chili sin carne (haricots rouges à la place de la viande hachée),
- salade de lentilles avec œuf dur,
- curry de pois chiches au lait de coco léger.
- Étape 4 : sécuriser votre organisation
Avoir des « secours » dans les placards :- boîtes de pois chiches, de haricots rouges, de lentilles déjà cuites,
- sachets de lentilles corail, cuisson rapide,
- œufs, yaourts, fromages blancs.
- Étape 5 : ajuster au fil du temps
Si cela se passe bien, vous pouvez ajouter un repas végétarien supplémentaire, puis un autre, jusqu’à atteindre le niveau qui vous convient (2 fois, 4 fois, ou plus par semaine).
Une journée type végétarienne, bonne pour le cœur
Voici un exemple de journée adaptée à un senior, avec une alimentation majoritairement végétarienne et cardioprotectrice.
Petit-déjeuner
- 1 bol de flocons d’avoine (ou muesli sans sucre ajouté) avec lait (ou boisson végétale enrichie en calcium),
- quelques noix ou amandes (oméga-3, bons pour le cœur),
- 1 fruit (kiwi, orange, pomme…),
- 1 boisson chaude non sucrée (thé, café, tisane).
Déjeuner
- Salade de lentilles vertes avec :
- carottes râpées,
- oignon ou ciboulette,
- un peu de feta ou d’emmental,
- assaisonnement huile d’olive + citron.
- 1 tranche de pain complet,
- 1 yaourt nature,
- 1 fruit de saison.
Collation (si besoin)
- 1 poignée de fruits secs (abricots, pruneaux) ou 1 compote sans sucres ajoutés.
Dîner
- Curry de pois chiches et légumes (courgettes, carottes, poivrons) au lait de coco léger, servi avec du riz complet,
- 1 petite portion de fromage,
- 1 fruit ou une salade de fruits.
Ce type de journée apporte :
- des protéines à chaque repas,
- des fibres en quantité,
- des bonnes graisses (huile d’olive, noix),
- très peu de graisses saturées et de sel.
Comment savoir si ce régime vous convient ?
Un changement alimentaire doit toujours être évalué sur vos sensations et vos résultats de santé.
Les signaux positifs :
- vous vous sentez plus léger après les repas,
- vous avez moins de fringales sucrées,
- votre transit est plus régulier,
- votre tension artérielle se stabilise (à vérifier avec un tensiomètre),
- vos analyses sanguines (cholestérol, glycémie) s’améliorent.
Les signaux d’alerte :
- fatigue inhabituelle,
- perte de poids non voulue,
- essoufflement inhabituel,
- étourdissements fréquents.
Dans ce cas, il ne s’agit pas forcément du régime végétarien en lui-même, mais peut-être d’un déséquilibre dans les apports. Un avis médical est nécessaire.
Questions à poser à votre médecin ou à un diététicien
Si vous envisagez de végétaliser votre alimentation, voici quelques questions utiles à aborder lors d’une consultation :
- « Avec mes traitements actuels (anticoagulants, antidiabétiques, statines…), y a-t-il des précautions particulières à prendre si je change mon alimentation ? »
- « Serait-il possible de faire un bilan sanguin (fer, vitamine B12, folates, albumine) avant et quelques mois après le changement ? »
- « Combien de protéines me sont recommandées par jour à mon âge et avec mon poids ? »
- « Pouvez-vous me recommander un(e) diététicien(ne) habitué(e) à travailler avec des seniors ? »
N’hésitez pas non plus à venir avec un exemple de journée alimentaire. Cela aide beaucoup les professionnels à vous conseiller concrètement.
En résumé : le végétarien, un allié sérieux de votre cœur après 60 ans
Adopter un régime végétarien, même partiellement, peut être une vraie stratégie de protection cardiovasculaire après 60 ans, à condition de le faire de façon :
- progressive : on réduit la viande étape par étape,
- équilibrée : on veille aux protéines, au fer, à la B12,
- personnalisée : en fonction de votre santé, de vos goûts, de votre budget,
- accompagnée : au moins au départ, par un professionnel de santé.
Vous n’êtes pas obligé de devenir végétarien « parfait ». Mais chaque progrès vers une assiette plus riche en légumes, fruits, légumineuses et céréales complètes est un cadeau fait à votre cœur.
Et si vous commenciez simplement par choisir un repas végétarien par semaine dédié à votre santé cardiovasculaire ? Noté dans l’agenda, comme un rendez-vous important… avec vous-même.
Andrea

